#chronique: Nous les Filles de Nulle Part de Amy Reed

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Titre: Nous les filles de Nulle Part

Auteure: Amy Reed

Edition: Albin Michel

Lecture: en VF

Pages: 530

— RÉSUMÉ

Grace vient d’entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte.
Ces mots, c’est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l’avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n’a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents.
Très vite, Grace comprend que cette violence s’exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l’équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets.
Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules

— NOTE: 4/5

— CITATIONS

“Parfois ce sont les anomalies de la nature qui se révèlent les plus fortes.” — Amy Reed

“Le silence ne veut pas dire oui. Un non peut-être pensé et ressenti sans être jamais prononcé. Il peut être hurlé en silence à l’intérieur. Il peut se trouver dans la pierre muette d’un poing serré, les ongles s’enfonçant dans la paume. Les lèvres scellées. Les yeux fermés. Son corps à lui ne faisant que prendre, sans jamais demander, n’ayant jamais appris à interroger le silence.” — Amy Reed

“Peut-être que si mes parents m’avaient parlé du sexe, peut-être que si on m’avait dit que c’était un choix que je devais faire, une chose que je devais désirer, ça se serait peut-être passé autrement. J’aurais peut-être su que je n’avais pas à laisser un mec prendre des décisions pour mon corps. J’aurais peut-être su que je pouvais dire non.” — Amy Reed

“Ils ont besoin de désigner un coupable pour la nullité de leur vie. Alors pourquoi pas choisir quelqu’un qui a une vie encore plus nulle qu’eux?” — Amy Reed

“Ce n’est pas en fuyant qu’on change les choses.” — Amy Reed

“Toutes ces filles qui en temps normal ne se seraient jamais mélangées. D’autres. D’autres encore. Tout le monde. Les Filles de Nulle Part sont là. Elles sont partout.” — Amy Reed

“La mer des élèves s’ouvre devant elles pour les laisser passer. Parce qu’on n’arrête pas les filles. Elles sont une force. Elles ne forment qu’un seul corps.” — Amy Reed

— AVIS

J’ai hésité très longtemps avant de donner une note définitive à ce roman. Autant le milieu du livre — un peu trop lent à mon goût et ne faisant pas toujours passé les bons messages — m’a légèrement embêtée, autant la fin m’a transportée. Mais peu importe la note et peu importe que Nous les Filles de Nulle Part ne soit pas parfait sur toute la ligne, il reste un roman que chacune ET chacun d’entre nous devrait lire de par l’importance de son message.

Le style d’écriture d’Amy Reed est particulier. J’avoue avoir eu un peu de mal à la suivre au début. Elle va droit au but, ces propos sont clairs et précis, sans chichis et simplement crus par moment. Elle jongle entre différents points de vue: celui de Grace, Rosina et Erin bien sûr, les trois fondatrices du mouvement mais pas seulement. Elle prend un malin plaisir à nous présenter toute une palette d’adolescentes aux vies et origines totalement différentes et, même si au début ça m’a un peu perturbée, j’ai fini par apprécier cette façon qu’elle avait de pointer les différences d’opinions et de style de vie de chacune des filles bien qu’elles se battent toutes pour une même cause.

Parmi les points qui m’ont un peu dérangée, je dirais d’abord que Nous les Filles de Nulle Part manque globalement d’aboutissement. L’intrigue principale se résout, bien évidemment, et je dirais même ENCORE HEUREUX (dans le cas contraire, je serais entrée personnellement dans ce bouquin pour décapiter quelques connards misogynes et sexistes) mais c’est à peu près la seule chose à laquelle Amy Reed octroie une fin digne de ce nom. On tourne la dernière page et, même si on se sent soulagé qu’il y ait finalement eu un peu de justice dans ce monde de barbare, on referme le livre avec un goût de trop peu sur les lèvres. Pendant une bonne partie du livre, on n’avance pas vraiment. Les sujets et thèmes abordés tournent un peu en rond, aucune vraie ou bonne décision n’est prise avant le dénouement et une fois le livre fini, on se rend compte qu’on ne sait rien de ce qui va arriver par la suite à Grace, Rosina ou Erin. On ne sait rien de ce qui arrive à aucune des autres filles du groupe. On ne sait pas si les coupables seront bel et bien punis, si les choses continueront à changer. ON NE SAIT RIEN ET C’EST ARCHI ULTRA MEGA FRUSTRANT AAAAAAH! Je trouve cela vraiment dommage que la fin manque à ce point d’approfondissement. On est d’accord pour que tout ne devienne pas rose du jour au lendemain, ou même jamais hein, mais un aperçu de ce qui arrive à nos héroïnes aurait quand même été pas mal et je regrette un peu que la fin ait été bâclée de cette façon.

Un autre point qui m’a un peu gênée: le fait qu’on ne se focalise principalement que sur le point de vue des pires spécimens masculins pouvant exister. Que ce soit bien clair, je suis une grande féministe dans l’âme et la lecture des pages grises dans ce roman — pages résumant les pensées immondes d’un violeur tout aussi immonde et plus que machiste — m’ont très clairement retourné le bide. Je pense donc que OUI il est important de souligner que des salopards dans ce genre-là existent encore de nos jours, ils sont même encore nombreux malheureusement, et c’est entre autre pour cela que lire ce bouquin nous prend autant aux tripes MAIS je pense qu’il aurait été tout aussi important de souligner que TOUS LES HOMMES NE SONT PAS COMME ÇA. Amy Reed place bien entendu quelques bons personnages masculins dans son histoire, des adolescents qui prennent parti pour les filles, qui décident de les défendre, de les soutenir, mais pour moi ce n’était pas assez et ça n’a pas été assez mis en avant. Et de nouveau, j’ai trouvé cela dommage. Après, je crois sincèrement que c’est un choix de l’auteure et qu’elle a vraiment souhaité bousculer ses lecteurs. Mais je l’aurais personnellement fait un peu différemment.

Dernière chose qui m’a carrément déplue pour le coup mais je ne suis vraiment pas objective sur ce point: le rapport constant à la religion. Sérieusement, je levais les yeux au plafond à chaque fois que le mot Dieu apparaissait dans le texte, sorry not sorry. Pour vous mettre un peu en contexte, il faut savoir que je suis athée de chez athée. Je ne crois en aucun Dieu et je l’assume complètement, tout comme je respecte profondément ceux qui ont des croyances quelles qu’elles soient. En général, ça ne me dérange pas de lire des bouquins faisant référence à l’une ou l’autre religion mais ici c’était TROP. VRAIMENT VRAIMENT TROP. Alors d’accord, l’histoire se déroule aux États-Unis, visiblement dans des états plutôt conservateurs et puritains *sigh*, et c’est très clairement comme cela que ça doit se passer là-bas mais personnellement, en tant que petite européenne non-croyante, ça me donne juste envie de hurler à m’en taper la tête contre les murs. La façon dont la religion est utilisée, est interprétée pour justifier la place des femmes, pour justifier le viol, pour justifier tout en fait puisque personne n’a envie de porter ses couilles visiblement, c’est tout simplement révoltant. Je n’y connais rien alors je n’irai vraiment pas plus loin mais pour moi la religion ce n’est pas ça. Je ne pense pas qu’on lise dans la Bible, le Coran, la Torah ou que sais-je, que les femmes sont des putains d’objets qui doivent obéissance aux hommes. Bref la religion, la politique, l’abus de pouvoir aux US: très peu pour moi.

NB: Tous les Américains ne sont bien entendus pas à mettre dans le même panier! C’est juste que ceux décrits dans ce livre me donnaient vraiment envie de les gifler par moment. 

Bon, je pense que vous l’avez compris: ce bouquin m’a retournée. C’est principalement la colère et l’indignation qui m’ont accompagnée tout au long de ma lecture, mais j’avais aussi le coeur rempli d’amour pour toutes ces héroïnes, puis d’espoir en arrivant à la fin. Alors oui, certes, Nous les Filles de Nulle Part n’est pas parfait. Il manque de nuance sur certains points, d’approfondissement sur d’autres mais par contre il s’agit d’un roman coup de poing qui vaut la peine d’être lu. Plus encore, qui DOIT être lu.

Ce roman est révoltant, bouleversant et d’une certaine manière intelligent dans une société qui tend à nous faire croire que le combat pour le respect et l’égalité des sexes est déjà gagné. Je ne peux pas dire que j’ai aimé ma lecture parce qu’on ne peut pas AIMER lire ce genre de choses mais par contre j’ai aimé ce qu’il a déclenché comme réflexion en moi et j’ai aimé qu’Amy Reed ait prêté ses mots pour donner de la voix à toutes celles qui souffrent encore de ce genre de comportements inacceptables aujourd’hui.

Nous les Filles de Nulle Part met le doigt sur des choses qui dérangent, sur des choses qui existent mais qu’on préfère parfois ignorer et même si ça manque un peu de tact, c’est tout simplement efficace. Personnellement, ça m’a donné envie de me battre pour défendre des valeurs qui me tiennent à coeur et je me plais à croire que je l’aurais été moi aussi, une de ces Filles de Nulle Part.

Á lire!

6 réflexions sur “#chronique: Nous les Filles de Nulle Part de Amy Reed

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